Le soin des cuirs, des peaux et des fourrures

Carole Dignard et Janet Mason

Le soin des cuirs, des peaux et des fourrures présente les principaux points dont il faut tenir compte pour prendre soin des objets en cuir, en peau ou en fourrure conservés dans les collections patrimoniales en fonction des principes de conservation préventive et de gestion des risques.

Comprendre les cuirs, les peaux et les fourrures

Figure 1 : Côté fleur d’un cuir de veau de tannage végétal, grossissement 100x.
Vue agrandie d'un cuir de veau de tannage montrant le grain, consistant en une disposition de petits trous à la surface de la peau causés par des follicules pileux vides.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0033

Figure 2 : Peau de cerf tannée à la cervelle et peinte.
Peau de cerf tannée à la cervelle sur laquelle cinq fleurs ont été peintes.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0034

Depuis la préhistoire, les cuirs, les peaux et les fourrures ont été utilisés pour fabriquer des articles, comme des vêtements, des couvertures et des sacs; ils ont été aussi utilisés comme matériaux de revêtement pour des meubles, des kayaks, des livres, des boîtes ou des coffres. Il existe une grande diversité de cuirs, de peaux et de fourrures, tous dotés de propriétés et de caractéristiques différentes. Certaines différences sont attribuables à l’espèce animale dont provient la peau; d’autres le sont aux divers traitements de transformation. Ces différences expliquent aussi en partie pourquoi l’état des cuirs, des peaux et des fourrures peut varier beaucoup.

Espèces animales à l’origine de peaux, cuirs et fourrures

Chaque espèce animale donne une peau caractéristiquement différente, pouvant varier sur le plan de l’aspect, du toucher, de l’épaisseur et de la résistance. En particulier, le côté fleur (côté poil) de chaque espèce révèle un « grain » distinct, c’est-à-dire des caractéristiques uniques en ce qui a trait à la taille, la densité et la distribution des follicules pileux (figure 1).

Les peaux d’animaux utilisées pour fabriquer les objets que l’on retrouve dans les collections muséales proviennent principalement de mammifères, le plus souvent d’animaux domestiques tels que le porc, la chèvre, le chevreau, la vache, le bœuf et le veau, mais aussi d’autres espèces telles que les oiseaux, les poissons, les serpents et autres reptiles. Les vêtements et les autres objets en peau et en fourrure confectionnés par les membres des communautés autochtones du Canada (Premières Nations, Métis et Inuits) sont habituellement faits en peaux de cerf (figure 2), d’orignal, de caribou, d’ours et de phoque. Les fourrures de castor, de bison et d’un bon nombre d’autres mammifères à fourrure sont utilisées pour fabriquer des articles utilisés en hiver, comme des manteaux, des capes, des étoles et des chapeaux.

Structure des peaux et traitements de transformation

La peau est en grande partie composée d’une protéine à longue chaîne appelée collagène. À l’échelle microscopique, le collagène de la peau est organisé en fibres, elles-mêmes assemblées en faisceaux larges, longs et ondulés. Les fibres et les faisceaux de fibres s’enchevêtrent pour former un genre de feutrage, et c’est ce qui donne à la peau sa résistance, son élasticité et sa souplesse caractéristiques.

Le traitement des peaux comprend une série d’opérations qui débutent après l’abattage, dès que la peau est retirée du corps de l’animal et ayant pour but de nettoyer la peau et de la transformer en une substance imputrescible. Le type de traitement choisi déterminera ultérieurement la vulnérabilité chimique de la peau et sa résistance à l’eau; il peut aussi modifier sa résistance, sa robustesse, sa souplesse, sa douceur et son aspect. Les poils et la couche superficielle de la peau (c.-à-d. l’épiderme) sont retirés aux toutes premières étapes de la fabrication du cuir et des peausseries. Les étapes de traitement d’une peau comprennent habituellement le lavage et le trempage dans diverses solutions, diverses opérations mécaniques (raclage, etc.), suivi de l’incorporation de composés à base d’huile. La texture et le grain de la peau peuvent être considérablement améliorés ou modifiés. Des grains artificiels comme un grain de type « peau de crocodile » peuvent même être estampés sur une peau d’un autre type. Le tannage, qui est l’une des dernières étapes du traitement d’une peau, consiste à ajouter un agent tannant qui se lie chimiquement à la protéine de la peau et en améliore la stabilité et la durabilité. Une peau tannée est modifiée chimiquement et devient alors du cuir.

Variétés de cuirs, de peaux et de fourrures

Peau brute

Figure 3 : Peau brute.
Morceau de peau brute roulée.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0035

Le tout premier traitement effectué sur une peau qui est retirée de l’animal consiste en l’épilage et en l’écharnage par voie mécanique. La peau est ensuite lavée ou trempée dans l’eau, puis mise à sécher sur un cadre. On obtient alors de la peau brute (ou « cuir vert ») (figure 3), soit un matériau translucide dur, corné et robuste.

La peau brute est stable et durable si elle est conservée au sec, mais elle est sensible à l’humidité, puisqu’elle n’a pas été stabilisée par des agents tannants. Lorsque la peau brute est mouillée suffisamment, elle gonflera et risquera de se putréfier. Le rétrécissement de la peau brute au séchage est une caractéristique qui a été utilisée à bon escient dans la fabrication d’objets. Par exemple, un coffre en bois peut être recouvert d’une peau brute à l’état humide afin que, lorsque la peau sèche, elle exerce des forces de contraction importantes qui resserrent les joints du bois. De la même manière, les peaux de tambour sont souvent faites à partir d’une peau brute humidifiée afin d’obtenir, à son séchage, une membrane tendue (figure 4).

Les hochets, les pare-flèches, les boucliers et les pochettes sont d’autres exemples d’objets pouvant être faits en peaux brutes.

Les revêtements de kayaks et les flotteurs en peau de phoque sont fabriqués au moyen d’une peau brute qui est huilée pour mieux l’imperméabiliser (figure 5).

Figure 4 : Un « gu » (tambour chinois), du Musée canadien de l’histoire montrant la peau du tambour fait de peau brute.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 83193-0049

Figure 5 : Maquette de kayak fait de peaux de phoque huilées. Collection de maquettes de canots et de kayaks d’Adney, au Mariner’s Museum
Maquette de kayak fait de peaux de phoque brun foncé, avec une pagaie, exposée sur un support en bois.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 73692-0290

Tendon

Figure 6 : Parka en peau d’intestin.
Parka faite en peau d'intestin presque translucide, exposé sur un mannequin.

AB 274 Parka, du début du 20e siècle et provenant de la mer de Béring; fait de peau d’intestin de phoque, de tendon et de fourrure de phoque, de la Collection inuite du Glenbow Museum. © Collection of the Glenbow Museum, Calgary

Le tendon est le tissu conjonctif d’un animal servant à relier un muscle à un os ou à d’autres parties du corps. Le tendon a été utilisé au sein de beaucoup de cultures différentes, y compris chez les peuples autochtones d’Amérique, comme fil ou cordelette pour coudre des vêtements ou fixer des peaux de tambours, joindre des peaux de kayaks et d’autres objets en peau ou en fourrure. La transformation du tendon frais en matériau stable suit à peu près les mêmes étapes que celles des peaux brutes. La babiche fait référence essentiellement à un laçage fait de tendon ou de lanières en peau brute, utilisé par exemple pour fabriquer des raquettes à neige.

Baudruche (ou « peaux d’intestin »)

La baudruche (ou « peaux d’intestin ») provient de membranes recouvrant des organes internes d’animaux (p. ex. le cæcum, la vessie ou l’estomac). Après leur prélèvement de l’animal, ces membranes sont traitées essentiellement comme dans le cas des peaux brutes. Le résultat est une peau très mince et translucide, utilisée, par exemple, pour confectionner des sacs ou des vêtements comme certains types de parkas inuits (figure 6). Les peaux d’intestin sont habituellement huilées pour être assouplies et imperméabilisées.

Parchemin et vélin

Le parchemin et le vélin sont largement utilisés dans la préparation de manuscrits et comme matériaux de reliure. Ils entrent également dans la fabrication de membranes d’instruments de musique ou pour recouvrir des boîtes ou coffres de bois. Les peaux de petits animaux sont habituellement utilisées, particulièrement la peau de veau (pour le vélin), de chèvre ou de mouton (pour le parchemin). La peau nettoyée est trempée dans un bain de chaux et, lorsqu’elle est encore à l’état gonflé, elle est tendue sur un cadre pour la faire sécher. En séchant, la peau devient encore plus tendue et alors, les fibres de la peau se réajustent en s’alignant les unes par rapport aux autres, formant ainsi des couches plus compactes. Il en résulte une peau mince, plate et rigide. La surface est normalement lissée ou polie avec un abrasif comme de la pierre ponce, et blanchie, par exemple avec de la poudre de craie, ce qui la prépare pour recevoir de la peinture ou de l’encre.

Peaux semi-tannées

Le semi-tannage des peaux est un procédé ancien qui demeure courant de nos jours chez les Autochtones d’Amérique du Nord et d’autres peuples, y compris les Autochtones d’Australie et les tribus mongoles. La peau obtenue est souvent nommée « daim ». Elle est résistante et souple et présente une surface douce et veloutée (semblable au suède) avec une certaine rondeur. Le daim a été largement utilisé pour confectionner des sacs ou des vêtements comme des vestes, des gilets, des pantalons, des mitaines, des mocassins, etc., et ceux-ci sont souvent ornés de piquants de porc-épic teints ou de motifs perlés (figure 7) ou peints.

Le traitement comprend diverses étapes, à commencer par le nettoyage et le trempage dans des solutions aqueuses, suivis de diverses opérations mécaniques (raclage, foulage et parfois masticage) afin d’assouplir et de bien faire pénétrer une substance grasse. Chez les peuples autochtones d’Amérique du Nord, les peaux sont traditionnellement travaillées avec du gras provenant de la cervelle ou de la colonne vertébrale de l’animal écorché; ces peaux sont dites « tannées à la cervelle ». La moelle épinière, le jaune d’œuf, le lait ou le beurre peuvent aussi être utilisés. Comme il y a peu d’interaction chimique entre l’huile et la protéine de la peau, il ne s’agit pas de tannage au sens strict du terme.

Les peaux tannées à la cervelle par les Autochtones sont souvent aussi fumées, ce qui produit une couleur allant du jaune au brun ambré (figure 8) et une odeur caractéristique de fumée. Habituellement, du bois vert est brûlé lentement et la peau est étendue en forme de tente au-dessus du feu. La fumée réagit chimiquement avec le collagène et tanne partiellement la peau, la rendant plus stable et plus résistante à l’eau. Les huiles doivent être présentes dans la peau fumée pour empêcher les fibres de coller et de durcir.

Figure 7 : Mocassins confectionnés avec des peaux semi-tannées et abondamment ornées de perles de verre. Musée McCord.
Mocassins abondamment ornés de perles de verre, créant des motifs de fleurs avec en arrière-plan des perles bleu pale.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 72911-0002

Figure 8: Deux peaux fumées à différents degrés présentent une couleur allant du jaune à l’ambre.
Une main tient une peau ambre, qui repose sur une peau d'un jaune plus pâle.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0036

Figure 9 : Sac mohawk en peau tannée au fer.
Gros plan d'un sac en peau tannée au fer et ornée d'un motif de papillon.

© 2013 President and Fellows Harvard College, Peabody Museum of Archaeology and Ethnology, No. 90-17-10/49318

Peaux tannées au fer (tannage « noir »)

Les peaux tannées au fer (tannage « noir ») sont obtenues en appliquant sur une peau semi-tannée de l’eau ou de la boue riche en fer ou encore une solution obtenue en faisant bouillir des clous. Ce procédé donne une peau d’une couleur brun foncé. Des sacs (figure 9) et des mocassins sont quelques exemples typiques d’objets fabriqués en peau tannée au fer. La « pourriture noire » est une forme de dégradation chimique grave causée par une réaction lente des sels de fer présents dans la peau. Cette dernière s’affaiblit et devient plus fragile.

Figure 10 : Sacs à monnaies du 16e siècle faits en peau chamoisée.
Deux sacs à cordon – un petit sac jaune et un grand sac châtain.

© DLM German Leather/Deutsche SchuhmuseumOffenbach. Photographe : Monika Kotthaus.

Figure 11 : Gants confectionnés en peau mégie (tannée à l’alun).
Long gant de couleur blanc cassé avec de petits boutons.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0006

Peaux tannées à l’huile (peaux chamoisées, chamois)

Le tannage à l’huile est semblable au tannage à la cervelle, sauf que les huiles qui sont habituellement utilisées réagissent plus en profondeur et créent des liaisons chimiques dans la structure de la peau. Dans cette technique de tannage, l’huile de poisson, plus particulièrement l’huile de foie de morue, est souvent utilisée. Dans le procédé moderne, la peau huilée est chauffée à une température entre 30 et 50 °C pour provoquer l’oxydation et les liaisons transversales de l’huile. Cette réaction empêche les fibres de coller au moment du séchage donnant ainsi à la peau plus de souplesse. Une peau chamoisée est un produit bien connu qui est obtenu à l’aide de ce procédé et qui sert à la confection de gants, de sacs à main et d’autres objets du même genre (figure 10). Le chamois est robuste, résistant à l’eau et très absorbant. Le tannage à l’huile est aussi courant comme mode de préparation des fourrures.

Peaux mégies (tannées à l’alun)

La mégisserie, ou tannage à l’alun, est une méthode très ancienne de préparation des peaux utilisée surtout pour confectionner des gants et d’autres articles d’usage personnel (figure 11). Le procédé consiste à faire pénétrer un mélange d’alun de potasse, de chlorure de sodium, de jaune d’œuf, de farine et d’eau dans la peau pour l’assouplir. Il ne s’agit pas d’un véritable tannage, puisque les sels et autres matériaux appliqués ne sont pas chimiquement liés à la peau et peuvent être, dans une certaine mesure, éliminés par lavage. La peau pourrait donc être endommagée par un contact avec l’eau. La mégisserie produit une peau très blanche et souple pouvant être finie en surface, mais difficile à teindre. Une peau mégie peut également être fumée pour accroître sa durabilité. La mégisserie est aussi utilisée comme mode de préparation des fourrures.

Cuir de tannage végétal

Figure 12 : Divers sacs et pochettes ainsi qu’une ceinture en cuir tanné au végétal.
Quatre différents types de sacs et une ceinture en cuir, chacun d'une couleur différente.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0037

Le cuir de tannage végétal est fréquemment utilisé pour fabriquer un vaste éventail d’objets, notamment des sacoches et sacs à main (figure 12), des bottes, des ceintures, des courroies, des harnais, des selles, des sièges et dossiers de meubles ou de véhicules, des panneaux muraux peints ou dorés et des reliures. Cette technique ancienne est encore utilisée de nos jours, même si le tannage minéral introduit à la fin du 19e siècle est aussi devenu très courant. Le cuir de tannage végétal conserve les impressions produites par des outils (cuir « repoussé ») et est donc utilisé pour des articles décoratifs façonnés de la sorte et pour des reliures de luxe.

Dans le procédé de base, la peau préparée est suspendue et laissée à tremper dans des liqueurs de tannage composées d’infusions d’écorce, de feuilles ou de brindilles dans l’eau. Le temps minimal de trempage est de deux jours, mais il peut durer un an ou plus et être accompagné de foulage et de manipulations des peaux à intervalles réguliers. À la fin du procédé, le cuir est dur et rigide, de sorte qu’il faut y faire pénétrer des gras et des huiles comme du suif ou de l’huile de foie de morue pour l’assouplir. Le procédé de tannage stabilise la peau pour lui donner un plus haut degré de résistance à l’eau et à l’usure. Les tanins qui sont présents dans les infusions d’écorce et qui se lient au substrat de collagène sont de deux types principaux : certaines essences de bois contiennent surtout des tanins condensés (p. ex. l’acacia de Constantinople); d’autres, des tanins hydrolysables (p. ex. le sumac). D’autres essences encore offrent une combinaison des deux types de tanins (p. ex. le chêne). Ces différents types de tanins ont une incidence sur la résistance des cuirs de tannage végétal, ou leur vulnérabilité, à la dégradation chimique inhérente (oxydation et hydrolyse acide). Plus particulièrement, les cuirs de tannage végétal sont sensibles à la « pourriture rouge », une détérioration grave qui rend le cuir fragile et poudreux (pour obtenir plus d’information, consulter la section Causes des dommages aux objets en cuir, en peau ou en fourrure et stratégies de conservation préventive : Polluants, pourriture rouge).

Cuir de tannage minéral et cuir de tannages combinés

De nos jours, une grande partie des cuirs produits dans le monde sont de tannage minéral. Le tannage aux sels de chrome est le plus courant, quoique d’autres sels, par exemple les sels de zirconium, sont aussi utilisés. Les sels présents dans la liqueur de tannage se lient fortement au collagène de la peau par réticulation créant ainsi des cuirs chimiquement stables et résistants à l’eau. Un cuir entièrement tanné au chrome ne subira pas de rétrécissement ni d’altération même s’il est trempé dans l’eau chaude. Après le tannage et avant le séchage, le cuir doit être lubrifié, sinon il deviendra rigide. Le tannage au chrome, premier type moderne de tannage minéral, remonte à 1884 environ, et donc seuls des objets relativement récents peuvent avoir été faits avec ce type de cuir. (Les tannages plus anciens à l’alun et au fer [décrits plus haut] sont aussi, techniquement, des « tannages de type minéral ».)

Il est courant de combiner les procédés mentionnés aux sections précédentes. Par exemple, une peau peut être tannée à l’aide de substances végétales pour lui donner une structure ferme et souple, puis recevoir un tannage complémentaire au chrome pour lui conférer une résistance supérieure à l’eau.

Fourrures

Figure 13 : Parka ou amauti en peau à fourrure semi-tannée. Les poils sont sur l’envers du vêtement.
Partie supérieure d'un parka en peau à fourrure avec capuchon, exposé sur un mannequin. Le parka a deux tons et des motifs faits de perles sur la poitrine.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0038

Les fourrures procurent une protection idéale contre le froid et leur utilisation à titre de vêtements et de couvertures est probablement aussi vieille que l’art de la chasse. Les peaux à fourrure préparées de la même façon que les peaux brutes sont habituellement rigides. Dans les communautés autochtones d’Amérique du Nord, les peaux à fourrure sont souvent préparées suivant les procédés de semi-tannages (tannage à la cervelle, avec ou sans fumée) et avec beaucoup de raclage et de foulage, ce qui donne une peau souple et douce convenant à la confection de vêtements. L’amauti inuit en est un excellent exemple (figure 13).

Le tannage à l’alun et le tannage à l’huile sont d’autres procédés courants pour préparer les peaux à fourrure. Le picklage est aussi utilisé comme procédé : les peaux sont traitées dans une solution fortement acide en présence de sels. Le terme « picklage » est utilisé par les fourreurs lorsque l’agent chimique utilisé ne donne pas à la fourrure une résistance totale à l’eau, alors que « tannage » signifie un traitement qui procure une meilleure résistance à l’eau. Certains facteurs sont cruciaux dans le traitement des fourrures pour s’assurer de bien préserver les poils. Il faut : tenir compte de la période de l’année où l’animal a été tué; refroidir rapidement la peau et la nettoyer en profondeur et sans délai pour empêcher la prolifération de bactéries qui pourraient causer une perte de poils; et prendre des précautions additionnelles pour éviter d’endommager les poils pendant les opérations mécaniques (raclage, foulage).

Mise en garde : résidus de pesticides

Bien souvent, des objets en fourrure et, dans une moindre mesure, d’autres objets en peau et en cuir, peuvent avoir été traités avec des pesticides, tels l’arsenic, le mercure et le dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT), et peuvent constituer un danger pour la santé pendant leur manipulation et leur examen. Consulter la publication suivante de l’Institut canadien de conservation pour obtenir plus de renseignements à ce sujet : Note de l’ICC 1/7 Le mercure présent dans les collections de musée (2002).

Causes des dommages aux objets en cuir, en peau ou en fourrure et stratégies de conservation préventive

Les dommages subis par les objets en cuir, en peau et en fourrure sont attribuables à une variété de causes. La présente partie définit dans quelle mesure les cuirs, les peaux et les fourrures sont vulnérables à divers agents de détérioration, les types de dommages qui peuvent se produire et les stratégies de conservation préventive permettant de prévenir la détérioration.

Forces physiques

Figure 14 : Mocassins aplatis en raison de mauvaises conditions de mise en réserve et d’un manque de support.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0039

Des contraintes physiques s’exercent parfois sur les objets en cuir, en peau ou en fourrure pendant la manipulation et les déplacements ou en raison d’un mauvais support ou d’une mise en réserve inadéquate. Tous ces facteurs peuvent mener à des dommages physiques : déformations, aplatissement (figure 14), affaiblissement ou déchirures. Des objets qui, à l’origine, étaient robustes, résistants et souples, ou qui avaient été fabriqués pour résister à une utilisation quotidienne, peuvent être devenus plus fragiles ou plus cassants et doivent être traités avec plus de délicatesse. Les cuirs et les peaux peuvent s’être affaiblis à la suite d’une dégradation chimique (p. ex. pourriture rouge, pourriture noire), d’importantes variations des conditions ambiantes, de dommages causés par l’eau, de l’activité d’insectes, ou encore à la suite de leur utilisation, d’abrasions ou d’usure. Des peaux plus minces (p. ex. peaux d’intestin, gants minces) sont plus à risque de dommages physiques.

Les cuirs, peaux et fourrures qui sont tendus sont aussi particulièrement vulnérables aux dommages physiques, par exemple les peaux de tambour et les peaux recouvrant des coffres, des kayaks, etc. Ces objets doivent être traités avec beaucoup de soin, car les peaux tendues sont faciles à déchirer ou à perforer si elles subissent un choc accidentel, même si faible. Pour obtenir de plus amples renseignements sur le soin à apporter aux kayaks et aux oumiaks, consulter la Note de l’ICC 6/3 Le soin des canots, des kayaks et des oumiaks.

Les objets tridimensionnels, comme les vêtements, les sacs, les mitaines, les mocassins et les flotteurs, risquent de devenir comprimés, plissés ou déformés de manière permanente s’ils n’ont pas de supports intérieur et extérieur leur permettant de conserver leur forme première. Les objets en cuir et en peau peuvent devenir rigides lorsqu’ils ne sont pas utilisés pendant une longue période. Cette situation est normale dans les musées, où l’on évite généralement de manipuler, de plier et de se servir des objets. Lorsqu’un cuir ou une peau est figé ou résiste, il n’est pas avisé de tenter de lui redonner sa forme première, car cela peut conduire à des déchirures ou à des déformations permanentes. Il faut plutôt prévenir les problèmes : bien soutenir l’objet de l’intérieur et de l’extérieur pour l’empêcher de s’aplatir, de perdre sa forme, de se plisser ou de se déformer de manière permanente (figures 15, 16 et 17). Dans les réserves, les plateaux et les boîtes offrent une protection en trois dimensions supplémentaire.

Figure 15 : Un support matelassé interne maintient la forme de ce manteau en peau de mouton.
Manteau en peau de mouton brun foncé dont les longs poils sont à l'envers du vêtement. Un coussin rembourré est placé à l'intérieur.

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ICC 2003598-0001

Figure 16 : Mocassins munis de supports internes faits en mousse recouverte de tissu,etmaintenus en place dans descreux découpés dans de la mousse de polyéthylène et recouverts d’un tissu doux.
Cinq paires de mocassins de tailles différentes, allant d'une petite paire pour enfants à des mocassins pour adultes, reposant sur de la mousse et munis de supports internes faits en mousse recouverts d'un tissu.

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ICC 124703-0040

Figure 17 : Chaussures munies de papier de soie pour garder leur forme, et protégées dans une boîte avec de la mousse souple.
Deux paires de chaussures noires avec boucles dorées, munies de papier de soie et placées dans des trous rectangulaires individuels pratiqués dans de la mousse, à l'intérieur d'une même boîte.

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ICC 124703-0041

Les objets fragiles ou endommagés peuvent être trop faibles pour supporter leur propre poids; il est alors nécessaire de les placer sur des supports qui en épouseront la forme, comme il est illustré sous Exemples de pratiques en conservation préventive : cuirs, peaux et fourrures– Support d’exposition pour un masque à oxygène ancien détérioré par la pourriture rouge. Dans le cas d’objets fragiles, il est préférable d’éviter les contraintes exercées par une manipulation directe, même si cette dernière est exercée avec beaucoup de doigté. Il faut plutôt privilégier les manipulations indirectes : l’objet est installé sur un plateau, une base ou dans une boîte qu’on peut alors déplacer sans avoir à toucher l’objet. Plus particulièrement, les pièces longues et minces, comme les lanières ou les fouets, peuvent avoir raidi et, en raison de leur poids, pourraient casser si elles sont manipulées ou déplacées sans support.

Objets décorés de perles, de clochettes et d’autres ornements

Les objets en cuir, en peau et en fourrure comportant des surfaces abondamment décorées pourraient ne pas être assez robustes pour supporter le poids de ces ornements (les perles de verre sont particulièrement lourdes); ils nécessitent donc plus d’attention pour prévenir les déchirures et les déformations. Des déchirures peuvent se produire lorsque l’article est manipulé sans support (voir figure 18).

Les objets en peau ou en cuir sont souvent ornés d’éléments décoratifs (p. ex. perles de verre, clochettes, paillettes, plumes ou piquants de porc-épic). Pendant la manipulation et les déplacements, ces petites pièces risquent de se détacher et de se perdre si le fil ou autre type d’attache est fragile ou cassé (figure 19). Si les perles de verre ou les clochettes de métal se corrodent, le fil ou le tendon sur lequel elles sont fixées peut être attaqué par les produits de corrosion et s’affaiblir. En outre, les objets comportant des franges et des lanières peuvent, lors de leur utilisation d’origine, avoir été usés, étirés ou endommagés et ne plus être en mesure de supporter leur poids. Les objets comportant ce genre d’ornements doivent généralement être rangés dans des boîtes ou des plateaux avec rebords qui retiendront les éléments non fixés. Pour éviter le détachement des composantes décoratives, ces dernières doivent faire l’objet d’un examen minutieux afin d’évaluer si elles doivent être fixées en place; par exemple, retenues avec un ruban toile qu’on évitera de serrer. Pour obtenir plus de renseignements sur le soin des objets ornés de perles de verre, consulter la Note de l’ICC 6/4 Le soin des objets ornés de perles de verre.

Figure 18 : Déchirures sur un vêtement en fourrure de caribou orné de perles. La peau, qui est plutôt mince, s’est affaiblie et ne peut plus supporter le poids des poils denses et des ornements très chargés de perles de verre.
Gros plan d'une déchirure sur un morceau de vêtement fait de peau de caribou.

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ICC 2003208-0001

Figure 19 : Talon de mocassin montrant des points rompus et des perles qui pourraient tomber pendant la manipulation.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 72911-0003

Perte des poils d’une fourrure

Les fourrures de la famille des cervidés perdent parfois leurs poils, cette perte étant causée par l’affaiblissement du système d’ancrage des poils à la racine. La cause exacte n’est pas bien comprise, et il est impossible de détecter quelle fourrure en souffrira vraisemblablement avec le temps ou de parer au problème. Il faut réduire au minimum la manipulation ou les déplacements pour prévenir des pertes ou pour éviter de déloger des poils de leur point d’ancrage.

Perte de souplesse et enduits ou « nourriture » pour cuir

Une des questions qui revient fréquemment est de savoir s’il faut « nourrir le cuir », c’est-à-dire appliquer un enduit fait de matières grasses pour restaurer la souplesse d’un cuir de tannage végétal qui a raidi. La réponse est non. Les objets muséaux ne sont généralement pas pliés ni utilisés dans la même mesure que des pièces non muséales et, par conséquent, n’ont pas à être « nourris » pour que leur souplesse soit restaurée. Ces enduits peuvent nuire, car, avec le temps, les huiles s’oxydent et peuvent produire des altérations à l’intérieur même de la peau (raidissement, foncement). De plus,

l’ajout de matières grasses peut rendre les surfaces du cuir collantes, ce qui attire la poussière et les salissures, et peut aussi dessécher le cuir. Une excellente analyse des enduits pour le cuir a été publiée par McCrady et Raphael (1993) (en anglais seulement). Le savon pour cuir, qui contient des huiles plus une substance savonneuse qui est aussi censée nettoyer le cuir, est à proscrire, car ces produits sont alcalins et donc nuisibles pour les cuirs, ces derniers étant naturellement acides.

Pour connaître d’autres stratégies de conservation préventive visant à empêcher la détérioration par des forces physiques, consulter Agent de détérioration : Forces physiques.

Recommandations

Figure 20: Les éléments pendant des tablettes risquent d’être perdus ou d’être endommagés.
Morceaux de vêtement reposant sur des tablettes avec de longues franges pendant sur le côté.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0068

  • Fournir suffisamment d’espace de rangement horizontal et vertical pour éviter d’entasser, de comprimer ou de froisser les objets.
  • S’assurer que les franges, les clochettes et les autres ornements ne pendent pas des tablettes (figure 20).
  • Inspecter les ornements (p. ex. clochettes, franges, perles) pour repérer les fils, les ficelles ou autres éléments de fixation endommagés ou affaiblis et les stabiliser (p. ex. avec des attaches), au besoin. Ranger les objets comportant des ornements sur des supports et dans des contenants pour prévenir les pertes (figure 21).
  • Fournir les boîtes, les plateaux, le matelassage et les supports ou attaches nécessaires pour les objets fragiles ou vulnérables, et les ranger sur des tablettes ou dans des tiroirs (figure 22).
  • Voir à maintenir le volume des objets tridimensionnels, comme les sacs, les sacs à main, les chapeaux, les bottes, les mocassins (figure 22), les gants, les mitaines, les manteaux, les vestes, les gilets et les pantalons, en les soutenant de l’intérieur. Matelasser les objets pour maintenir leur forme tridimensionnelle, éviter cependant d’utiliser trop de bourre, ce qui créerait des tensions et pourrait étirer la peau, desserrer les coutures ou affaiblir ou déchirer le matériau. Voir un bon exemple de support dans Exemples de pratiques en conservation préventive : cuirs, peaux et fourrures – Protection améliorée d’une collection de mocassins en réserve.
  • Utiliser des cintres matelassés pour les articles suspendus, conformément à la Note de l’ICC 13/5, Suspension des costumes en réserve.
  • Repérer les articles fragiles comme les objets en peau ou en cuir attaqués par la pourriture rouge ou la pourriture noire, ou gravement détériorés d’une autre façon, et les protéger en les plaçant sur un plateau ou dans une boîte et sur des supports, comme dans Exemples de pratiques en conservation préventive : cuirs, peaux et fourrures – Support d’exposition pour un masque à oxygène ancien détérioré par la pourriture rouge.
  • Éviter de manipuler directement des objets fragiles, cassants ou rigides. Utiliser des supports, des plateaux ou des boîtes matelassés (figures 21, 22 et 23).
  • Avoir à sa disposition des plateaux matelassés supplémentaires pour utilisation temporaire lors de manipulations et de déplacements d’objets.
  • Repérer les fourrures comportant des pertes de poils, les placer dans des boîtes ou sur des plateaux avec rebords, et éviter de les manipuler.
  • Former le personnel et les bénévoles afin qu’ils reconnaissent les objets les plus vulnérables et les guider sur la façon d’en prendre soin.
Figure 21 : Coiffure en fourrure d’hermine ornée de beaucoup de petites pièces. La coiffure est retenue par un ruban sergé sur un support en mousse et placée dans une boîte.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation
ICC 124703-0042

Figure 22 : Support intérieur et boîte matelassée pour mocassins. Collection du Musée McCord.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 72913-0001

Figure 23 : Tambour, vu de l’intérieur, avec un support en mousse taillé pour recevoir la poignée en forme de croix. Une fois placé dans son support, le tambour peut être manipulé à l’aide de la base en mousse.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0043

Vol et vandalisme

Figure 24 : Acte de vandalisme fait à l’encre sur une veste en peau tannée à la cervelle. La veste était exposée à l’air libre sans vitrine de protection.
Gros plan de marques au stylo sur une veste en peau tannée à la cervelle.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 2001191-0001

Figure 25 : Les accessoires et les petites pièces de cet objet orné de perles pourraient se détacher.
Petit objet fait de nombreux rangs de perles, de ficelles de fourrure et d'autres décorations.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0044

Le vol et le vandalisme constituent un risque pour tous les types d’objets, particulièrement lorsque les objets sont exposés sans bénéficier de la protection d’une vitrine (figure 24). En particulier, dans les cas où l’exposition de manteaux de fourrure de certaines espèces animales est controversée dans certaines communautés, il faut prendre en compte le risque que des contestataires endommagent ce type d’objets. De plus, les documents à caractère politique, comme les chartes ou les constitutions, sont souvent des manuscrits sur parchemin qui présentent une cible de choix pour les vandales désireux de se faire entendre. Il est important de tenir compte de ces risques et de prendre des précautions additionnelles au besoin.

Pour obtenir plus de renseignements sur les stratégies de conservation préventive pour protéger la collection du vol et du vandalisme, consulter Agent de détérioration : Vol et vandalisme.

Dissociation

Les interventions qui peuvent produire une dissociation comprennent notamment : la manipulation, la mise en réserve, le montage ou l’exposition d’un objet ou d’une collection d’une manière qui n’est pas respectueuse des croyances de certains intervenants-clés et qui entraîne ainsi une perte de certaines valeurs intangibles de l’objet ou de la collection. Il est important de bien établir quels sont les objets en cuir, en peau ou en fourrure provenant de communautés autochtones ou d’autres groupes et qui nécessitent certaines précautions en raison de la culture dont ils proviennent et puis de respecter ces besoins spécifiques et de prendre les mesures nécessaires. Pour obtenir plus de renseignements sur les objets culturellement sensibles et sur la façon d’en prendre soin, consulter Le soin des objets sacrés et culturellement sensibles.

La dissociation peut survenir à cause de la perte de renseignements relatifs à l’objet, en particulier la perte d’une étiquette portant un numéro d’acquisition. De même, de petits ornements, telles les franges, les clochettes et les perles, peuvent risquer de se détacher et de se dissocier pendant la manipulation (figure 25). Le personnel doit être conscient du risque et empêcher la dissociation en utilisant des boîtes pour ranger ces articles, comme il est mentionné à la section Causes des dommages aux objets en cuir, en peau ou en fourrure et stratégies de conservation préventive : Forces physiques. De plus, dans le cas où un ornement se détache, le personnel doit connaître la marche à suivre et disposer des moyens nécessaires (boîtes, sacs à fermeture [ziplock], ficelle de coton, etc., ainsi que le formulaire approprié pour signaler le dommage) pour que les éléments détachés demeurent avec l’objet et soient ainsi identifiés par le même numéro d’acquisition et de provenance que l’objet.

Pour obtenir plus de renseignements sur les stratégies de conservation préventive permettant d’éviter une détérioration par dissociation, consulter Agent de détérioration : Dissociation.

Incendie

Les cuirs, les peaux et les fourrures sont inflammables. Par conséquent, l’incendie constitue un risque important dont il faut tenir compte, comme il en est question dans Agent de détérioration : Incendie.

Eau

Figure 26 : Manteau en peau semi-tannée complètement raidi à la suite d’un contact avec l’eau. De plus, au bas à droite, le manteau est souillé par des moisissures.

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ICC 124703-0045

La plupart des peaux et des cuirs sont endommagés lorsqu’ils sont mis en contact direct avec l’eau. Le degré de détérioration est étroitement lié aux méthodes de préparation, de tannage et de finition de la peau ou du cuir, ainsi qu’à leur état.

  • Les peaux brutes, par exemple, sont assez vulnérables. Elles se gonfleront, s’amolliront et pourriront si elles sont laissées dans l’eau. Habituellement, lorsqu’elles sont exposées à l’eau, les peaux brutes raidissent, tachent, noircissent et deviennent plus facilement cassantes.
  • Le parchemin et le vélin rétrécissent et gondolent beaucoup lorsqu’ils sont exposés à l’eau, puisque les fibres étirées cherchent à revenir à leur état naturel.
  • Les peaux mégies (tannées à l’alun) sont aussi très peu résistantes à l’eau. Lorsqu’elles sont mouillées, les sels utilisés dans leur préparation peuvent migrer, ce qui fait que les peaux durcissent et racornissent.
  • Les peaux semi-tannées peuvent rétrécir, raidir ou se tacher lorsqu’elles sont mouillées et puis séchées (figure 26). Le degré de détérioration dépend de l’état de la peau.
  • Les peaux tannées à la fumée sont plus résistantes à l’eau, mais y demeurent toujours vulnérables.
  • Les peaux tannées à l’huile (chamoisées) résistent mieux aux dommages causés par l’eau, comparativement aux peaux semi-tannées.
  • Le cuir de tannage végétal peut rétrécir ou raidir s’il est directement exposé à l’eau. L’eau peut aussi faire migrer les tannins vers la surface, ce qui produit des taches et une fragilisation de la surface. Les cuirs de tannage végétal souffrant de pourriture rouge seront très affectés par l’eau : après avoir été mouillés, ils durcissent et deviennent plus foncés, voire noirs.
  • Les peaux tannées au fer (tannage noir), particulièrement celles touchées par la pourriture noire, peuvent également rétrécir et durcir considérablement si elles sont exposées à l’eau.
  • Les fourrures sont, quant à elles, touchées par un facteur supplémentaire, c’est-à-dire le poids des poils. Lorsqu’ils sont mouillés, les poils peuvent devenir trop lourds pour pouvoir être soutenus par la peau qui, elle, est devenue plus faible parce que gorgée d’eau. Cela peut causer d’importantes déchirures (figures 27a et 27b). Les endroits décorés abondamment de perles de verre sont lourds et donc particulièrement à risque.
Figure 27a : Une importante déchirure dans un manteau en peau de mouton qui s’est produite à la suite de dommages causés par l’eau et d’une manipulation pendant que le manteau était mouillé. Le contact avec l’eau a aussi entraîné le transfert de la teinture rouge au poignet.
Une déchirure est visible sur le corps du parka, allant de la taille du corps jusqu'au point où le corps rencontre le bras gauche. Des taches roses sont également visibles sur la peau en raison du transfert de la teinture.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 2003598-0002

Figure 27b : Après traitement, les manches et le torse ont été munis de petits coussins pour maintenir leur volume. Une plateforme sert à soutenir le manteau pour qu’il puisse être manipulé en toute sécurité.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 2003598-0001

Pour obtenir plus de renseignements sur les stratégies de conservation préventive permettant d’empêcher les dommages causés par l’eau, consulter Agent de détérioration : Eau.

Insectes et moisissures

Moisissures

Les objets en cuir, en peau et en fourrure peuvent être endommagés par les moisissures. Cette question est examinée plus en détail à la section. Causes des dommages aux objets en cuir, en peau ou en fourrure et stratégies de conservation préventive : Humidité relative inadéquate.

Insectes

Les cuirs, les peaux et les fourrures constituent des nutriments pour un bon nombre d’espèces d’insectes, y compris les dermestes (de la famille des anthrènes des tapis). Les fourrures sont encore plus vulnérables aux infestations, car les poils constituent une nourriture de choix pour certains insectes, particulièrement les dermestes et les mites (ou teignes), et parce que les fourrures fournissent également un abri où les insectes peuvent se cacher et se multiplier. Les objets tachés ou qui demeurent longtemps au même endroit sont les plus à risque d’infestation. Les signes d’une infestation par des insectes sont les suivants : traces de rongement superficiel à la suite du passage d’insectes; trous (figures 28a, 28b et 28c); présence de sciure, d’excréments et de carcasses (figure 29). Dans le cas des fourrures, les signes d’une infestation peuvent aussi inclure la perte de poils.

Figure 28a : Infestation d’insectes sur la fourrure de phoque d’un mocassin.
Mocassin en fourrure de phoque dont une grande partie de la fourrure est manquante en raison d'une infestation d'insectes, et où de petits morceaux de la peau de phoque ont été mangés par des insectes.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0046

Figure 28b : Mitaine innue en peau endommagée par des dermestes. Dans ce cas-ci, les insectes se sont surtout attaqués aux endroits peints de la peau.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0047

Figure 28c : Détail de la figure 28b. La peinture rouge comprend probablement un liant à base de colle animale, qui est aussi une source attrayante de nourriture pour les dermestes.
Plusieurs marques pâles résultant du grignotement par des insectes de la surface de la peau, notamment le long des lignes peintes en rouge du motif. Quatre petits trous sont également visibles sur la peau.

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ICC 124703-0048

Recommandations

  • Mettre en œuvre un système complet de lutte intégrée contre les insectes nuisibles, y compris des mesures de surveillance et d’entretien et une attention particulière aux éléments structuraux du bâtiment et à l’équipement.
  • Étudier la faisabilité d’appliquer la mise en réserve au froid ou en milieu anoxique, des mesures préventives plus poussées pour protéger les objets les plus sensibles aux infestations. Voir Exemples de pratiques en conservation préventive : cuirs, peaux et fourrures – Fourrures : mise en réserve au froid ou en milieu anoxique.
  • Maintenir les locaux de la réserve propres et ordonnés.
  • Isoler les collections de la poussière à l’aide de housses de protection ou d’enceintes (boîtes, meubles de rangement, vitrine d’exposition, etc.).
  • Placer les nouveaux objets en quarantaine avant de les intégrer à la collection.
  • Inspecter les locaux de la réserve au moins deux fois par année pour repérer les signes d’activité d’insectes (figure 29). Inspecter les objets les plus vulnérables à une infestation deux fois par année (au printemps et à l’automne).

En cas d’infestation, mettre en œuvre les procédures de base de la lutte contre les insectes décrites dans Agent de détérioration : Ravageurs sous Intervenir.

Figure 29 : Signes d’une infestation de mites. De gauche à droite : Carcasse d’une mite adulte; larve de mite; carcasse d’une larve de mite; excréments.

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ICC 124703-0049

Pour obtenir plus de renseignements sur les stratégies de conservation préventive permettant d’empêcher les dommages causés par des insectes ou d’autres types de ravageurs, consulter Agent de détérioration : Ravageurs.

Poussière et polluants

Poussière

La poussière présente sur un objet nuit à son appréciation visuelle. Elle est aussi abrasive et peut accroître les risques d’infestation. Les fourrures en particulier doivent être protégées, car les poils piègent la poussière et sont difficiles à nettoyer. Les salissures et les taches causées par la poussière ou le contact de la main constituent des préoccupations constantes, et sont particulièrement défigurantes sur les peaux de couleur claire comme les peaux tannées à la cervelle ainsi que sur le parchemin et le vélin.

Polluants, pourriture rouge

Plusieurs polluants peuvent causer ou contribuer significativement à la dégradation oxydative ou hydrolytique des peaux et des cuirs. Les risques peuvent être classés de modérés à faibles pour la plupart des peaux et des cuirs, mais augmentent en fonction des niveaux de pollution. Les cuirs de tannage végétal sont les plus vulnérables, plus que les cuirs mégis ou les peaux brutes par exemple, alors que les cuirs tannés au chrome sont les moins affectés (Haines, 1991). Le dioxyde de soufre (SO2) est considéré comme étant la source principale d’acidité causant la dégradation hydrolytique dans le cuir, alors que l’ozone, le dioxyde de soufre, les oxydes d’azote et les peroxydes sont des causes importantes des processus de dégradation oxydative. La lumière visible et ultraviolette produit des radicaux libres de haute énergie, et joue donc aussi un rôle important dans le déclenchement de processus d’oxydation. La chaleur, l’humidité, la présence d’acides ou de gaz acides sont aussi des facteurs qui augmentent les taux de réactions oxydatives et hydrolytiques, tout comme la présence d’ions métalliques, en particulier les ions de fer et de cuivre (Florian, 2006). Les sources possibles de contamination par les ions métalliques incluent les teintures noires ou les mordants à base de fer, les encres ferro-galliques, certains pigments comme le vert-de-gris, les taches de sang ou de rouille, la poussière, la saleté, les fixations métalliques, ou des impuretés provenant de procédés mécaniques ou de certaines étapes de la préparation.

La pourriture rouge désigne un état où les cuirs de tannage végétal sont touchés par une grave dégradation chimique (et non une « pourriture » proprement dite, qui sous-entend une origine biologique) en raison des composés inhérents utilisés pour le tannage et des polluants atmosphériques (habituellement du dioxyde de soufre [SO2]). Le cuir attaqué par la pourriture rouge (figure 30) est plus acide (pH type entre 3,0 et 3,5). Il est souvent endommagé et usé, et comporte une surface poudreuse. Physiquement, il est faible et peut facilement subir des abrasions ou des déchirures, surtout s’il n’est pas adéquatement supporté en réserve, en exposition ou durant les manipulations. Dans un état avancé de dégradation, la rougeur du cuir est notable.

Figure 30 : Pourriture rouge sur des reliures de livres en cuir. Le cuir est d’un rouge prononcé, poudreux, faible et facile à déchirer.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0004

Dans les années 1930, alors que le charbon était plus largement utilisé qu’aujourd’hui et était la principale cause de pollution par S02 dans l’atmosphère, on a observé que les reliures de livres en cuir dans des agglomérations urbaines du Royaume-Uni étaient plus attaquées par la pourriture rouge que celles qui se trouvaient dans des environnements ruraux plus propres (Brimblecombe, 1996). Au Canada, les concentrations de S02 étaient élevées dans les zones industrialisées du pays depuis le début de l’industrialisation jusque dans les années 1970, lorsque des lois sur les pluies acides sont entrées en vigueur et ont ainsi mené à la réduction des concentrations de SO2 dans l’air. Bon nombre d’exemples de cuirs historiques de tannage végétal ont souffert d’une détérioration au SO2 au fil du temps et sont, actuellement, dans un état faible et détérioré.

Détérioration attribuable aux pièces métalliques

Les souillures et l’affaiblissement chimique des cuirs, des peaux et des fourrures peuvent être causés par leurs huiles naturelles ou par l’application d’enduits pour le cuir qui seraient en contact direct avec des pièces métalliques, habituellement du fer ou du cuivre, ou encore leurs alliages (figures 31a et 31b). Les huiles attaquent les métaux, et la rouille ou les produits de corrosion qui en résultent peuvent à leur tour souiller et attaquer ou affaiblir la peau et le cuir adjacents. Dans le cas du cuivre et de ses alliages, les produits de corrosion sont habituellement cireux et verts (stéarate de cuivre).

Figure 31a : Les clochettes en fer sur le sac en cuir de tannage noir souffrent de rouille et la peau se dégrade due à la présence de fer.
Détail du sac montrant les clochettes rouillées et des touffes de poils à l'intérieur des clochettes brisées ou manquantes.

© 2013 President and Fellows of Harvard College, Peabody Museum of Archaeology and Ethnology,
90-17-10/49318

Figure 31b : Les rivets en laiton se corrodent en raison de leur réaction avec les huiles du cuir. Le produit de corrosion est vert (stéarate de cuivre)

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0050

Recommandations

Figure 32 : Mocassins exposés dans une vitrine. La vitrine protège les articles de la poussière, du vandalisme, de la manipulation par les visiteurs et, dans une certaine mesure, des fluctuations climatiques.
Grande vitrine contenant de nombreuses paires de mocassins et une série de photographies.

© Musée canadien de l’histoire, 2012-02-09-0003-Dm

  • Protéger les objets de la poussière, des salissures et des polluants à l’aide de vitrines, de housses, etc. (figure 32).
  • Porter des gants et éviter un contact direct pour ne pas transférer des huiles ou des salissures provenant des mains. Plus particulièrement, prendre soin des parchemins, des peaux tannées à l’alun et semi tannées qui se tachent facilement.
  • Mesurer les niveaux de polluants, évaluer les risques et, s’il y a lieu, réduire les polluants dans l’air.
  • Repérer tous les objets sensibles en cuir et en peau, y compris les articles attaqués par la pourriture rouge. Protéger davantage ces articles contre la pollution. Pour la mise en réserve, ces mesures peuvent inclure : emballage des objets en cuir attaqués par la pourriture rouge dans du papier de soie sans acide; support pour maintenir leur volume (au besoin); et rangement dans des boîtes sans acide avec réserve alcaline.
  • Éviter tout contact entre les métaux (p. ex. tablettes, étiquettes, pinces) et les peaux et les cuirs. Insérer un intercalaire Melinex ou un autre type de barrière, s’il est possible de le faire, lorsque le métal fait partie de l’objet et qu’il est en contact avec la peau ou le cuir. Si le métal présente de la corrosion, consulter un restaurateur pour obtenir d’autres conseils.

Pour obtenir plus de renseignements sur les stratégies de conservation préventive permettant d’éviter les dommages causés par la poussière et les polluants, consulter Agent de détérioration : Polluants  et Produits utilisés pour la préservation (à venir).

Lumière, ultraviolet et infrarouge

Les éléments décoratifs tels que la peinture, les teintures et les broderies en piquants de porc-épic teints sont souvent très fugaces lorsqu’ils sont exposés à la lumière ou au rayonnement ultraviolet. C’est particulièrement le cas des ornements teints à partir de colorants végétaux traditionnels ou des premiers colorants synthétiques à base d’aniline. De plus, la couleur des peaux tannées à la fumée peut pâlir à un point tel que ces peaux peuvent être confondues avec des peaux plus claires tannées à la cervelle (figure 33). Cette décoloration devient plus visible dans le cas des objets comportant des plis ou des parties protégées, puisque le contraste des couleurs causé par une exposition directe à la lumière est facile à discerner. Normalement, les degrés de sensibilité des objets qui sont sujets à pâlir et à se décolorer sont les suivants :

Figure 33 : Une peau tannée à la fumée exposée à divers rayonnements de lumière. La partie à l’extrême gauche a été protégée de la lumière et conserve sa couleur fumée initiale. Les parties au centre gauche, au centre droit et à la droite se sont décolorées progressivement, car elles ont été exposées à la lumière pendant des périodes de plus en plus longues. La partie à droite a été la plus exposée et a maintenant perdu la majorité de sa couleur fumée.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0051

  • Grande sensibilité : articles tannés à la fumée, colorants végétaux (colorants traditionnels utilisés dans les broderies de piquants de porc-épic), colorants à base d’aniline (premiers colorants synthétiques).
  • Sensibilité moyenne : couleur des poils de fourrure, certains colorants, certaines peintures.
  • Faible sensibilité : (aucune donnée).
  • Aucune sensibilité : perles de verre colorées.

Des données sur la décoloration de certains colorants sont publiées dans Agent de détérioration : Lumière, ultraviolet et infrarouge.

De forts niveaux d’éclairement peuvent causer, à la longue, une dégradation photochimique de la structure du collagène de la peau, ce qui affaiblit et fragilise les peaux et les cuirs; l’effet est le plus marqué si l’éclairage comprend aussi une forte composante ultraviolette.

Le rayonnement infrarouge réchauffe les peaux et cause des problèmes comme le dessèchement même de la matière, ainsi que des dommages physiques comme des déformations et des fissures attribuables à la sécheresse excessive ou à la chute importante de l’humidité relative, tel que cela est décrit dans les sections suivantes : Causes des dommages aux objets en cuir, en peau ou en fourrure et stratégies de conservation préventive : Température inadéquate et Causes des dommages aux objets en cuir, en peau ou en fourrure et stratégies de conservation préventive : Humidité relative inadéquate.

Recommandations

  • Éliminer le rayonnement ultraviolet des sources de lumière.
  • Protéger les matériaux colorés de la lumière, y compris la couleur des peaux tannées à la fumée.
  • Établir les degrés de sensibilité à la lumière des objets dans la collection, y compris les éléments décoratifs.
  • Adopter une stratégie pour réduire au minimum l’exposition pour les objets les plus sensibles à la lumière (p. ex. expositions temporaires, durée limitée d’une exposition, rotation, minuteries et détecteurs de mouvements branchés aux appareils d’éclairage). Lorsque les articles sont mis en réserve, les conserver à l’abri de la lumière, dans des contenants opaques par exemple.

Pour obtenir plus de renseignements sur les stratégies de conservation préventive permettant d’éviter les dommages causés par la lumière visible et le rayonnement ultraviolet, consulter Agent de détérioration : Lumière, ultraviolet et infrarouge.

Température inadéquate

La température a une grande incidence sur l’humidité relative : un changement de 3 °C produit une variation de 10 % de l’humidité relative. Des lampes incandescentes ou d’autres types de lampes produisant de la chaleur peuvent causer un réchauffement localisé qui se soldera par une baisse localisée de l’humidité relative. Les cuirs, les peaux et les fourrures peuvent réagir physiquement par une perte de l’humidité interne, ce qui entraîne un rétrécissement, des déformations et, dans le cas de peaux ou du cuir sous tension, possiblement des déchirures. Les cuirs et les peaux dégradés absorbent et rejettent plus rapidement l’humidité; les dommages physiques, dans leurs cas, seront donc encore plus importants (Larsen, 1996). Les stratégies de lutte contre les dommages causés par l’effet de la température sur l’humidité environnante sont décrites ci-après, sous : Causes des dommages aux objets en cuir, en peau et en fourrure et stratégies de conservation préventive : Humidité relative inadéquate.

De manière générale, les peaux, les cuirs et les fourrures peuvent, dans une certaine mesure, se dégrader chimiquement à la température ambiante. La structure du collagène peut être dégradée par oxydation ou par hydrolyse et les huiles présentes dans les cuirs et dans les peaux se dégradent elles aussi par oxydation. La plupart du temps, le risque peut être classé entre modéré et faible.

Les cuirs et les peaux attaqués activement par une dégradation chimique comme les cuirs de tannage végétal attaqués par la pourriture rouge (caractérisés par un pH inférieur à 4,0), ou les peaux tannées au fer, sensibles à la pourriture noire, sont considérés comme étant à risque élevé de subir des dommages chimiques à la température ambiante (c.-à-d. qu’ils se dégradent activement chimiquement à la température ambiante). Les cuirs de tannage végétal dans des milieux pollués au SO2 font aussi partie de cette catégorie à risque élevé.

Il est possible de réduire la vitesse à laquelle la dégradation chimique se produit en diminuant la température ambiante. La règle générale stipule qu’une diminution de 5 °C de la température ambiante (p. ex. de 23 à 18 °C) ralentit la dégradation chimique de moitié, ce qui constitue un avantage considérable. Il est aussi possible d’obtenir des résultats encore plus avantageux avec des températures ambiantes fraîches ou une mise en réserve au froid. Les articles à risque élevé, de même que les cuirs et les peaux détériorés dont la température de rétrécissement est très basse (inférieure à 35 °C) bénéficieront d’être mis en réserve au froid, préférablement, pour empêcher l’apparition d’autres dommages (Larsen et al., 1996). Des procédures distinctes et des soins appropriés sont nécessaires pendant la mise en sac. Il faut également procéder au refroidissement ou à l’acclimatation en vue d’empêcher une humidification excessive ou un dessèchement excessif au moment où les objets sont mis en réserve au froid ou sortis de la réserve froide. Il convient de prendre note que, au cours d’une étude sur quelques accessoires de vêtements en peaux à fourrure et en peaux de mammifères tannées à l’alun, une exposition à des températures basses a produit une légère diminution du taux naturel d’absorption d’humidité dans certains échantillons et possiblement une migration des sels (Pool, 1997). Une analyse des avantages et des inconvénients de la mise en réserve au froid d’une collection d’articles en peaux à fourrure est présentée à l’exemple Exemples de pratiques en conservation préventive : cuirs, peaux et fourrures – Fourrures : mise en réserve au froid ou en milieu anoxique. La mise en réserve en milieu anoxique, souvent utilisée pour empêcher les infestations, procure l’avantage supplémentaire d’être un moyen de rechange pour freiner la dégradation par oxydation chimique ayant lieu à la température ambiante (cette méthode est aussi utilisée pour protéger les plastiques et les caoutchoucs de la dégradation). Cependant, un milieu anoxique ne freine pas la dégradation chimique des cuirs et des peaux due à l’hydrolyse.

Pour obtenir plus de renseignements sur les stratégies de conservation préventive permettant d’éviter les dommages causés par la température, consulter Agent de détérioration : Température inadéquate.

Humidité relative inadéquate

Humidité relative supérieure à 65 %

Une humidité relative supérieure à 65 % favorise la formation de moisissures sur les cuirs, les peaux, les fourrures et le parchemin; plus l’humidité relative est élevée, plus l’apparition de moisissures est rapide. Une piètre circulation d’air en accroît aussi le risque. Les moisissures se présentent sous la forme d’un réseau de filaments blanchâtres ou de dépôts poudreux blancs, verts, gris ou noirs (figure 34a), ou encore de points ou taches noirs (figure 34b; voir aussi figure 26). D’autres symptômes de la formation de moisissures incluent notamment l’odeur de moisi. Si les moisissures restent en place pendant un long moment, elles parviennent à attaquer plus en profondeur la structure et l’affaiblissent. Pour obtenir plus de renseignements, consulter Agent de détérioration : Humidité relative (HR) inadéquate.

Figure 34a : Dépôts de moisissures verts sur un kayak en cours de nettoyage.
Détail montrant les mains d'un restaurateur protégées par des gants. Le restaurateur se sert d'une brosse et d'un aspirateur pour retirer les moisissures vertes de la surface d'un kayak.

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ICC 124703-0069

Figure 34b : Parchemin taché par les moisissures.
Une tache de moisissure verte et noire est visible entre deux lignes de texte sur un parchemin.

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ICC 124703-0052

Pour obtenir plus de renseignements sur l’apparition de moisissures, consulter Apparition de moisissures – Mesures d’intervention rapide.

Dans le cas des cuirs de tannage végétal, des conditions chaudes et humides prolongées peuvent engendrer un noircissement de la surface, faire raidir le cuir et le rendre cassant, de même qu’augmenter la décomposition hydrolytique (Calnan, 1991).

Fluctuations de l’humidité relative

Figure 35a : Une large fente dans une peau de tambour probablement causée par d’importantes et rapides variations de l’humidité relative.
Peau d'un tambour autochtone présentant une longue déchirure tout le long de son diamètre.

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ICC 124703-0070

Figure 35b : Une large fente dans l’étrave d’un kayak probablement aussi causée par d’importantes et rapides variations de l’humidité relative.

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ICC 2005089-0001

Les cuirs, les peaux et les fourrures exposés à une variation de l’humidité relative réagissent en perdant ou en gagnant de l’humidité interne, ce qui peut entraîner un rétrécissement ou un gonflement ainsi que des déformations. Les cuirs et les peaux sont parmi les matières organiques qui, physiquement, réagissent le plus rapidement aux variations de l’humidité relative.

Le parchemin et le vélin, de même que d’autres types de peaux et de cuirs minces, y sont particulièrement sensibles. Par exemple, s’ils sont exposés à une augmentation de l’humidité relative, le parchemin et le vélin gondoleront de façon marquée, ce qui pourrait complètement défigurer l’œuvre et être difficile à corriger. Ces matériaux exigent une humidité relative stable et doivent être conservés bien protégés dans des boîtes ou supports plats avec passe-partout et exposés dans des vitrines pour limiter les fluctuations d’humidité relative.

Des variations importantes et rapides de l’humidité relative constituent aussi un problème pour les objets fabriqués avec des cuirs ou des peaux étirés ou sous tension, comme des peaux de tambours et de kayaks (figures 35a et 35b), ou tout autre objet du même genre dont le cuir ou la peau sont fixés, cloués ou autrement attachés sur un cadre (p. ex. les reliures, les panneaux de cuir peints, les coffres revêtus de cuir [figure 36]). Même de légères variations de l’humidité relative peuvent mener à des fissures et des déchirures. Un objet est plus à risque de dommages si, par le passé, il n’a pas été exposé à des taux d’humidité relative extrêmes. Le risque est aussi plus grand pour le cuir ou la peau en piètre état ou cumulant les effets de divers autres mécanismes de dégradation.

Compte tenu des taux d’absorption et de désorption de l’humidité qui augmentent avec l’aggravation de la dégradation chimique, les cuirs et les peaux en mauvais état seront endommagés plus rapidement et plus gravement (Larsen, 1996).

Les degrés de sensibilité de certains objets sont estimés comme suit :

Grande sensibilité : le parchemin et le vélin; les peaux et les cuirs tendus, fixés ou attachés à certains points, comme les tambours, les coffres, etc. (figures 36a et 36b); les objets qui n’ont pas été exposés à de grandes fluctuations de l’humidité relative pendant de nombreuses années.

Très grande sensibilité : les articles mentionnés ci-dessus qui sont aussi chimiquement dégradés; les objets ayant récemment fait l’objet d’un traitement de restauration; de récentes acquisitions ou des articles nouvellement transférés qui n’ont pas encore été exposés aux plus grandes fluctuations d’humidité relative prévues dans les nouveaux locaux (p. ex. des objets bien emballés et empaquetés provenant d’un bâtiment non chauffé; ou qui viennent d’arriver d’un pays ou de régions ayant des conditions climatiques moins extrêmes); et les objets de mauvaise facture.

Pour obtenir plus de renseignements sur les dommages aux collections causés par des fluctuations de l’humidité relative, consulter Agent de détérioration : Humidité relative (HR) inadéquate.

Figure 36a : Coffre en bois, recouvert de cuir peint et fixé par des rivets. Le coffre était exposé dans une maison historique et soumis à l’air intérieur très sec pendant les mois d’hiver. Pendant les hivers canadiens, l’humidité relative des intérieurs chauffés peut atteindre des niveaux aussi bas que 5 % s’il n’y a pas d’humidification. Pour cette raison, le cuir a subi des fendillements et des déchirures, puisqu’il était fixé et donc dans l’impossibilité de rétrécir.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 124703-0053

Figure 36b : Le coffre, après traitement, a été placé dans une vitrine pour le protéger de nouveaux dommages. La vitrine crée un climat plus isolé, réduisant ainsi les risques de déchirure ou de fendillement des peaux. La vitrine procure aussi d’autres avantages comme celui de protéger contre la poussière, les fuites d’eau, le vandalisme et d’autres manipulations des visiteurs (évitant ainsi le risque de pertes d’éléments et de déchirures, d’abrasion et de souillures superficielles, etc.).

© MacBride Museum of Yukon History Collection

Recommandations

  • Évaluer les différents degrés de sensibilité de votre collection de cuirs, de peaux et de fourrures par rapport aux divers risques en matière d’humidité relative, y compris la sensibilité aux fluctuations, et choisir le niveau approprié de contrôle, soit :
    • pas plus de 20 % pour les objets ayant une sensibilité moyenne;
    • pas plus de 10 % pour les objets ayant une grande sensibilité;
    • pas plus de 5 % pour les objets ayant une très grande sensibilité.
  • Éviter de grands écarts d’humidité relative par rapport aux conditions ambiantes stables. Mettre en œuvre des mesures de surveillance systématique de l’humidité relative pour détecter ce genre d’occurrence, afin d’y remédier dans la mesure du possible.
  • Conserver les objets les plus sensibles dans des locaux ayant des conditions ambiantes stables.
  • Envelopper ou couvrir les objets mis en réserve avec des matériaux permettant d’atténuer les effets de l’humidité comme le coton ou le papier de soie sans acide (sans réserve alcaline). Dans le cas des fourrures et d’autres objets sujets à des infestations, l’emballage intégral n’est pas nécessaire, si la priorité est de les garder dans des sacs de plastique transparents pour faciliter une inspection visuelle. Placer les objets enveloppés dans des boîtes, des contenants ou des armoires pour ralentir et atténuer les variations de l’humidité relative. Plus il y a de couches et de parois entre l’objet et l’air ambiant de la pièce, plus grande est la protection.
  • Utiliser des vitrines d’exposition étanches (figure 36b).
  • Prendre des précautions supplémentaires s’il faut manipuler les objets dans des environnements secs (humidité relative inférieure à 30 %), car une perte d’humidité peut entraîner une perte de souplesse et des dommages physiques.
  • Assurer une bonne circulation de l’air.
  • Éviter des conditions d’humidité relative supérieure à 65 % en raison du risque élevé de croissance de moisissures au-dessus de ce seuil. Exercer une surveillance à l’aide d’alarmes lorsque l’humidité relative est supérieure à 65 % et préparer un plan d’action pour réagir dans de telles circonstances (p. ex. former le personnel et avoir à sa disposition l’équipement nécessaire pour accroître la ventilation ou pour déshumidifier).

Pour obtenir plus de renseignements sur les stratégies de conservation préventive permettant d’éviter les dommages causés par l’humidité relative, consulter Agent de détérioration : Humidité relative (HR) inadéquate.

Exemples de pratiques en conservation préventive : objets en cuir, en peau et en fourrure

La présente section fournit des exemples pratiques de soins apportés aux objets en cuir, en peau et en fourrure.

Mise en réserve d’une collection de mocassins

Plusieurs paires de mocassins dans la collection du Musée McCord étaient aplaties, possiblement depuis leur acquisition (figure 37a). Les objets en cuir et en peau souples, tels les sacs, les mitaines, les gants, les chaussures et les vêtements, ne peuvent conserver leur forme sans support et sont donc à risque d’être aplatis par accident ou de s’affaisser à la longue et de figer dans un état déformé. De plus, de petits éléments décoratifs, comme les piquants de porc-épic, les perles et les franges, pourraient être mal retenus à la suite d’usure ou d’attaques d’insectes et être à risque de se perdre si l’objet est manipulé ou déplacé sans avoir été au préalable déposé dans une boîte ou sur un plateau avec rebords.

Solution (figures 37a à 37d) : Après un traitement de restauration réalisé par un professionnel qui comprenait une humidification et une remise en forme, les mocassins ont été munis de supports internes maintenant leur volume et placés dans des boîtes de protection. Les supports internes sont faits de matériaux assez robustes pour maintenir la forme du mocassin, mais assez souples pour permettre d’insérer et de retirer les supports sans risque d’endommager les délicates empeignes en peau. Une confection soignée et esthétique des supports permet de les utiliser en tout temps, que ce soit pendant la mise en réserve ou lors d’une exposition. Pour chaque paire de mocassins, une boîte a été fabriquée pour les protéger en réserve contre la poussière, les manipulations directes et d’autres forces physiques possibles. Dans leur boîte, les mocassins reposent sur une base matelassée, dans laquelle on a taillé de petits creux en suivant la forme de leur empreinte, ce qui aide à les maintenir en place pendant la manipulation ou les déplacements.

Figure 37a : Mocassins aplatis.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 72912-0001

Figure 37b : Exemple d’une boîte en Corexfaitepour ranger les mocassins. La base matelassée est constituée de couches de feutrine en polyester ou de bourre de polyester en feuille, lesquelles sont ensuite recouvertes d’un jersey et cousues sur le pourtour de l’empreinte du mocassin pour en conserver la forme. Des attaches en ruban sergé sont utilisées pour fermer les rabats, et une fenêtre en Melinex facilite l’identification et l’examen.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 72912-0003

Figure 37c : Grâce à la boîte en Corex faite sur mesure, les mocassins sont faciles à voir et à ranger sans manipulation.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 72912-0004

Figure 37d : Des supports internes sont sculptés dans de la mousse de polyéthylène matelassée tout autour avec de la bourre de polyester piqué et recouverte d’un jersey. Les languettes en ruban sergé aux talons facilitent le retrait des supports internes au besoin.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 72912-0002

Support d’exposition pour un masque à oxygène ancien détérioré par la pourriture rouge

Un masque respiratoire historique utilisé par les sapeurs-pompiers devait aller en exposition, mais le cuir de tannage végétal dont le masque était fabriqué souffrait de pourriture rouge. Cette dégradation avait beaucoup affaibli l’objet, entraînant de nombreuses fissures et déchirures en raison du poids constant des lourdes pièces métalliques (figure 38a).

Solution (figures 38a à 38c) : Le masque a bénéficié d’un traitement de restauration, mais le cuir demeure fragile. Le cuir peut soutenir son propre poids lorsqu’il repose sur l’armature métallique interne du masque, mais il ne peut soutenir le poids des lourdes pièces de métal et de verre posées sur sa face extérieure. Un support interne en mousse et un support d’exposition en acrylique ont été fabriqués de manière à soutenir et à distribuer le poids afin de réduire les contraintes s’exerçant sur le cuir affaibli.

Figure 38a : Masque à oxygène en cuir de l’Ontario Fire College Museum, avant traitement, présentant maintes déchirures en raison de la détérioration par la « pourriture rouge ».

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 2005329-0001

Figure 38b : Après sa restauration, l’objet est physiquement protégé à l’aide un support en Plexiglas qui soutient les lourdes pièces métalliques. Ce support peut servir en exposition comme en réserve. Pour déplacer l’objet, on peut manipuler le support (avec l’objet dessus) plutôt que de manipuler directement l’objet.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 2005329-0002

Figure 38c : Support en Plexiglas, doté de coussinets en feutrine blanche disposés aux endroits en contact avec les pièces métalliques.

© Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation,
ICC 2005329-0003

Fourrures : mise en réserve au froid ou en milieu anoxique

Figure 39 : La chambre froide utilisée pour la mise en réserve des fourrures est munie d’un déshumidificateur de marque Dryomatic (en haut) ainsi que de contrôles etréglages externes (à la droite de la porte).

© Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles (CPSPG), Yellowknife

Figure 40 : Vue du rangement à l’intérieur de la chambre froide du CPSPG. La chambre est équipée pour permettre le rangement des fourrures à plat dans des meubles à tiroirs ou sur des étagères, ou suspendues sur des cintres matelassés.

© Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles (CPSPG), Yellowknife

Étude de cas réalisée par Rosalie Scott, restauratrice au Centre du patrimoine septentrional Prince–de-Galles (CPSPG) de Yellowknife (Territoires du Nord - Ouest)

Il n’y avait plus d’espace disponible dans les réserves froides qui renfermaient la collection de fourrures du CPSPG pour y ajouter de nouveaux objets en fourrure faisant l’objet de divers préparatifs en vue de leur transfert au Nunavut. Cette situation a nécessité l’évaluation des avantages de la mise en réserve au froid par rapport à ceux de méthodes de rechange comme la mise en réserve en milieu anoxique.

Mise en réserve au froid

Depuis de nombreuses années, le CPSPG utilise la mise en réserve au froid pour une collection de vêtements en fourrure en suivant certains paramètres précis (température des voûtes à fourrure à 4 °C, humidité relative de 50 à 60 %, bonne circulation d’air et système auxiliaire de régulation en cas d’imprévus) (figure 39). Les objets étaient rangés emballés dans plusieurs couches de matériau absorbant et scellés dans des sacs de plastique, en prenant soin d’éliminer l’excédent d’air emprisonné pour éviter les problèmes de condensation (figure 40). Puisqu’il était nécessaire d’avoir régulièrement accès à ces objets, la norme environnementale relative à la température de la chambre froide a été récemment modifiée de 4 à 10 °C pour atténuer les risques de condensation ou d’acclimatation lorsque des fourrures sont retirées du froid pour être rangées dans une réserve à température normale (température ambiante).

L’ensachage des objets doit être fait de telle manière à éviter tout risque de condensation sur les surfaces froides des objets lorsqu’ils sont déplacés d’une réserve froide à une réserve à température ambiante. Les objets peuvent être mis dans des sacs avant d’être placés dans une réserve froide, mais il y a alors une possibilité de formation de condensation sur la face interne du sac. La quantité d’humidité piégée dans le sac dépendra de l’humidité relative du milieu ambiant lorsque l’objet a été ensaché et de l’étendue de la chute de température. Les objets sont enveloppés dans du tissu ou du papier de soie pour absorber cette humidité piégée. Un objet ensaché doit pouvoir s’acclimater lentement à la température ambiante avant que le sac ne soit ouvert.

Avantages de la mise en réserve au froid
  • Efficace pour empêcher une infestation ou l’activité d’insectes puisque ces derniers sont essentiellement inactifs ou dormants à des températures froides. Il est à noter que la mise en réserve au froid au-dessus de 0 °C ne vise pas à tuer les insectes, s’ils sont présents. Un programme intégré de lutte contre les insectes (qui requiert la mise en œuvre de plusieurs processus inter-reliés comme l’examen, l’isolement, la surveillance et la congélation) est nécessaire pour une prévention complète.
  • Les températures froides permettent de diminuer la dégradation chimique inhérente des peaux et d’autres matières biologiques.
Lacunes et limites de la mise en réserve au froid
  • Il y a risque de perte d’une fraction de l’humidité naturelle dans la matière même de la peau qui ne pourrait être que partiellement réabsorbée. Une étude réalisée par Pool (1997) sur un nombre limité d’échantillons de peaux mégies a constaté une diminution du taux de réabsorption d’humidité dans certains échantillons ainsi que la possibilité d’une migration des sels.
  • Les exigences du système d’ensachage demandent aussi plus de temps au personnel quand il faut accéder à un objet. (Il y a un risque que les sacs soient ouverts sans être convenablement refermés par la suite.)
  • Il faut acclimater l’objet à la température ambiante. Cette procédure est affichée sur la porte de la réserve froide et le personnel la met bien en œuvre. La récente décision d’élever le seuil de température des réserves froides à 10 °C a réduit la possibilité de formation de condensation lors des transferts.
  • L’humidité relative est difficile à contrôler dans les voûtes froides, car le système de contrôle climatique est âgé. Il y a donc un risque d’humidité relative trop élevée ou trop basse, ce qui mène à divers problèmes.
  • Une défaillance complète du système de contrôle des conditions ambiantes peut entraîner une humidité relative trop élevée. Cela s’est produit deux fois en 17 ans de surveillance.
  • Un système d’alarme et d’intervention exige aussi du temps de la part du personnel (un système d’alarme et de surveillance externe est actuellement installé). Le risque de dommages aux objets est élevé en cas de défaillance : apparition de moisissures, de dommages par l’eau ou de taches dues aux colorants qui déteignent à l’eau, détérioration ou affaiblissement de la peau.
  • L’entretien du système entraîne régulièrement des coûts.

Mise en réserve en milieu anoxique

Figure 41 : L’ensachage d’un manteau de fourrure pour sa mise en réserve en milieu anoxique.
Une restauratrice place le manteau de fourrure dans un sac scellé dans le laboratoire.

© Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles (CPSPG), Yellowknife

Figure 42 : Mise en réserve en milieu anoxique de fourrures de la collection. Les articles sont ensachés individuellement en présence de sachets de sorbant d’oxygène qui créent un milieu anoxique.

© Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles (CPSPG), Yellowknife

La mise en réserve en milieu anoxique (figures 41 et 42) consiste à éliminer assez d’oxygène présent localement autour de l’objet de sorte que les insectes, qui ont besoin de respirer, ne peuvent survivre. Le musée a évalué la possibilité de recourir à une mise en réserve en milieu anoxique fondée sur les lignes directrices élaborées par Burke (1996). Cette référence recommande l’utilisation d’une pellicule spécialisée, consistant en un film stratifié étanche (p. ex. Escal), transparent et durable. L’ensachage a été prévu en fonction d’une diminution de 20% du volume. C’était en effet le protocole le plus facile à suivre pour le CPSPG (p. ex. économique en matière de coûts et de main d’œuvre), puisqu’il ne nécessitait pas de diluer l’air avec de l’azote.

Avantages de la mise en réserve en milieu anoxique
  • L’efficacité est accrue puisque ce procédé permet non seulement d’empêcher l’activité des insectes, mais aussi de les éliminer.
  • L’absence d’oxygène freine la détérioration par oxydation des fourrures et autres matières organiques. Cet avantage est supérieur à celui de réduire l’activité chimique à l’aide du froid.
  • Les objets ensachés peuvent être mis dans la réserve principale, maintenue à une humidité relative de 50 % et à une température de 20 °C. Aucune réserve spéciale n’est nécessaire, ce qui offre une certaine liberté dans le choix des locaux où conserver les objets.
  • Ce système passif, c’est-à-dire non mécanique, élimine le risque élevé de dommages qu’entraînerait éventuellement une défaillance du système : variations brusques de l’humidité relative, niveau d’humidité très élevé et apparition de moisissures. Les sacs eux-mêmes présentent peu de risques qu’il y ait de brusques variations de l’humidité et que des moisissures se forment à l’intérieur même des sacs. Il faudrait pour cela que la température dans la réserve diminue beaucoup soudainement (la condensation pourrait alors se former à l’intérieur du sac). Mais cette situation est peu probable, car la variation de température à la grandeur du bâtiment, et de la réserve, se produirait lentement.
  • Le système anoxique exige moins d’intervention de la part du personnel :
  • moins de temps d’entretien puisqu’il s’agit d’un système passif (p. ex. élimine le besoin d’un système d’alarme, d’une surveillance et d’un entretien mécanique);
  • moins de temps consacré à la formation et aux procédures, puisque aucune acclimatation n’est nécessaire;
  • aucune différence de température à prendre en compte, donc accès immédiat accru aux objets et aucun temps d’arrêt pour l’acclimatation.
  • L’accès n’est pas prioritaire dans la situation actuelle, puisque les collections en réserve pour le Nunavut n’ont pas besoin d’être manipulées par le personnel du musée et ne sont que temporairement conservées au CPSPG avant leur transfert. Néanmoins, lorsque nécessaire, l’accessibilité est limitée en raison de l’utilisation de sacs et d’emballages pour créer le milieu anoxique. Cela constitue tout de même une amélioration par rapport à l’accès en réserve froide, car il n’est pas nécessaire d’acclimater l’objet à la température ambiante. Les sacs peuvent être fabriqués en longueurs surdimensionnées de manière à pouvoir les ouvrir pour en examiner le contenu puis les sceller de nouveau près de l’ancienne fermeture. De la sorte, il est possible d’ouvrir et de refermer un sac plusieurs fois, mais il faut remplacer les sorbants d’oxygène.
Lacunes et limites de la mise en réserve en milieu anoxique
  • Coûts initiaux élevés; coûts d’entretien de faibles à moyens (sorbants d’oxygène et remplacement des sacs).
  • Si un objet doit être examiné à l’extérieur de son sac, il faut réinsérer de nouveaux sorbants d’oxygène à chaque fois que le sac est refermé. Il faut donc prévoir les matériaux et le temps pour ensacher l’objet de nouveau.
  • Temps de travail requis pour fabriquer des sacs selon les normes pour chaque objet.

Conclusion

Compte tenu des considérations susmentionnées, le CPSPG a décidé de mettre en réserve la collection du Nunavut en milieu anoxique.

Bibliographie et lectures : cuirs, peaux et fourrures

Voici une liste de documents de référence et de lectures connexes sur les soins à apporter aux objets en cuir, en peau et en fourrure. Les ouvrages marqués d’un astérisque (*) sont recommandés tout particulièrement.

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