Histoires cachées : Le projet histoires retrouvées

Canada 150
Terry Horne, photo : Sandra Bonner-Pederson
L’artiste Terry Horne prépare une œuvre représentant l’enlèvement des garçons Stó:lō pendant la ruée vers l’or du Fraser.

Dans presque toutes les communautés, des histoires se transmettent de génération en génération, de sorte que quantité de faits marquants du passé n’apparaissent dans aucun manuel d’histoire. Histoires retrouvées de l’Université Concordia, un projet Signature Canada 150, met en lumière les faits « oubliés » du passé au moyen de la recherche, de documentaires et d’œuvres d’art publiques.

Le projet a permis de découvrir des histoires peu connues en provenance des quatre coins du Canada. Grâce à l’aide d’historiens, de documentaristes et d’artistes de la scène locale, ces histoires ont été transformées en œuvres d’art publiques. Vous pouvez voir cette transformation dans la série de documentaires offerts gratuitement en continu dans le site Web d’Histoires retrouvées. Ronald Rudin, directeur du projet et professeur d’histoire à l’Université Concordia, nous en dit plus au sujet d’Histoires retrouvées.

Quelle était la source d’inspiration du projet Histoires retrouvées?

Je m’intéresse depuis longtemps aux façons dont on raconte les histoires du passé dans l’espace public et aux façons dont on relate le passé au grand public. Mes étudiants, mes collègues et moi, quand nous admirons des monuments et d’autres œuvres d’art publiques, nous n’avons pas toujours l’occasion de comprendre le processus qui les a menés à raconter une histoire ou de quelles autres façons ils auraient pu la raconter. Nous ne voyons que le produit final. Je ne voulais pas d’un projet visant à endoctriner les gens en leur disant « voici ce que vous devez comprendre ». J’ai plutôt cherché à créer une activité amusante qui permettrait au grand public (sans me limiter au milieu universitaire) de voir comment on transforme une histoire en objet physique.

Julien Cadieux et l’artiste Marika Drolet-Ferguson, île Sheldrake, photo : Mathieu Boucher
Le cinéaste Julien Cadieux tourne pendant que l’artiste Marika Drolet-Ferguson parcourt 500 m sur la glace, en direction de l’île Sheldrake.
Cinq histoires seront présentées en continu dans le site Web. Qu’est-ce qui les distingue des autres histoires proposées?

Ce qu’elles avaient en commun, c’est que chacune a bénéficié d’un solide appui de la communauté d’où elle émanait. Le projet devait être élaboré en collaboration avec ces communautés. Dans le cas des lépreux de l’île Sheldrake, au Nouveau-Brunswick, un groupe de l’endroit essayait depuis des années de raconter cette histoire. Quant à l’histoire des Inuits ayant élu domicile à l’auberge Southway Inn d’Ottawa, elle était bien connue dans la communauté, mais pas ailleurs. Par exemple, je ne savais pas que la plus forte concentration d’Inuits au Canada, à l’exception du Nord, se trouvait à Ottawa. L’histoire provenant de Regina porte sur la communauté chinoise locale, tandis que le projet de la Colombie-Britannique est géré et exécuté dans une large mesure par la Première Nation Stó:lō de la vallée du Fraser.

Estimez-vous que les projets servent de tribune aux membres des communautés qui ont été écartées de l’histoire traditionnelle dominante?

Absolument! Il en va de la notion même d’histoires « retrouvées ». Si l’histoire avait réellement disparu, nous ne pourrions la retrouver. Les histoires sont connues, mais uniquement de communautés marginalisées d’une manière ou d’une autre, de communautés qui n’ont pu trouver leur voix ou qui sont tombées dans l’oubli. Le récit du Nouveau-Brunswick est un récit acadien. Mes recherches portent sur l’histoire des Acadiens et, dans le contexte du Canada français, l’histoire du Québec domine, mettant souvent aux oubliettes les Acadiens. Malgré l’intérêt marqué pour la question autochtone, les histoires demeurent peu connues. En ce qui a trait à l’histoire sino-canadienne, je ne crois pas que beaucoup de gens savent qu’il était illégal pour un homme d’affaires canadien d’origine chinoise d’embaucher une femme blanche.

Il s’agit d’histoires que la population ne connaît pas. Elles ne sont pas forcément tristes. Certaines d’entre elles, comme l’histoire sino-canadienne, portent sur le courage. Il est question non seulement des difficultés que Yee Clun a dû surmonter, mais aussi de son courage à se battre contre la loi. Je crois que ces histoires nous font passer par beaucoup d’émotions différentes. 

Xiao Han, Regina, photo : Kristin Enns-Kavanagh
L’artiste Xiao Han visite le parc des arts de Regina afin de décider de l’emplacement de son œuvre.
Pourquoi souhaitiez-vous que le projet Histoires retrouvées fasse partie des activités de Canada 150?

La recherche historique est normalement une activité distincte de la production artistique et de la production de documentaires. Canada 150 offrait la possibilité de faire tomber cette barrière, de raconter des histoires à l’aide de divers médias. Selon moi, le projet se distingue justement en raison de sa nature multimédia. Je suis heureux de pouvoir faire connaître ces histoires dans le cadre des festivités de 2017.

Qu’espérez-vous que les gens retiennent de ce projet?

Je suis vraiment heureux de pouvoir contribuer à faire connaître ces histoires, et je suis ravi que les communautés aient eu la chance de renouer avec leur passé et de réfléchir à ces histoires. Je crois qu’il est sain que les Canadiens en général en apprennent plus sur leur passé.  

Les œuvres d’art publiques créées dans le cadre du projet Histoires retrouvées seront inaugurées au cours de l'été : le 19 juillet à l’île Sheldrake (N.-B.), le 7 août à Regina (Saskatchewan), le 19 août dans la vallée du Fraser (C.-B.) et le 7 septembre à l’auberge Southway Inn d’Ottawa. Pour obtenir de l’information à jour, consultez le site Web des Histoires retrouvées et suivez le projet dans les médias sociaux.

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